Energie, balance commerciale, emploi et croissance.

Un excellent éditorial a retenu notre attention. Il est extrait de la Lettre du Solaire (Vol. 12 N°8) publiée sur abonnement par Alain RICAUD et son équipe de Cythelia.

« L’énergie est une grandeur physique qui caractérise des changements d’état. Sa transformation en chaleur, en mouvement ou en électricité fait appel à des processus physiques : coûteux ou pas, ce ne sont pas de simples opinions. Les changements en politique peuvent influer sur sa taxation, pas sur sa rareté. Elle aura été pendant 60 ans la grande absente des cours d’économie qui ne connaissaient que deux variables pour définir la production : le capital et le travail. Pourquoi ? Parce qu’avec la domination quasi-exclusive du pétrole qui a engendré des gains de productivité fabuleux, notamment dans l’agriculture et l’industrie, relativement à nos niveaux de vie, l’énergie est devenue presque gratuite. Aujourd’hui un baril de pétrole (138 kg =152 l) coûte 115 $ = 97 €. Sachant qu’un litre de pétrole contient 10 kWh, le coût brut de cette source est 0.06 € /kWh. Un cycliste qui pédale à toute vitesse pendant 10h en délivrant une puissance mécanique de 100 W produit 1kWh. Rémunéré au coût actuel de l’énergie, il gagnerait 0.006 €/h !
L’automobiliste qui se plaint de voir le litre de gasoil monter à 1,50 € (0.15 € /kWh) devrait faire ce rapprochement : pour produire la quantité d’énergie contenue dans ce seul litre du précieux liquide que la planète a mis des millions d’années à constituer et qu’il n’a même pas payé 10 F, il faudrait qu’il pédale 100h. De plus, il a la mémoire courte, ou plutôt, il est très mal renseigné. Si l’on prend un peu de recul, en monnaie constante, rapporté au pouvoir d’achat, le cout réel de l’énergie n’a cessé de baisser depuis 40 ans. La part de l’énergie dans les dépenses des ménages est passée de 10% à 7% entre 1970 et 2010. Pratiquement tout ce qui a promu le progrès technique, fait les acquis sociaux du XXème siècle, et permis l’émergence des sociétés postmodernes, provient de cette vérité cachée.
Or, depuis 2007, nous sommes face à une forte contrainte qui est restée inaperçue du grand public : le monde a passé le pic de Hubbert1. En 150 ans à peine, nous avons comme des gloutons, dilapidé 1 200 milliards de barils et sommes sur le point de consommer sans vergogne les 1 200 milliards restant d’ici 2040. Avec le taux de croissance à deux chiffres des pays émergents, si notre propre croissance repart, nous ne tiendrons pas longtemps la consommation journalière à 80 millions de barils. Le pétrole pilotant le PIB de la planète en volume, nous n’avons
1 En 1956, King Hubbert, géologue à la société Shell publia un article peu remarqué : il y affirmait que la production pétrolière des USA allait croître jusqu’à 1970, puis décliner inexorablement ensuite, ce qui s’est vérifié. Le pic de Hubbert se définit comme le maximum-maximorum de la production de pétrole : il est obtenu lorsqu’environ la moitié de la réserve est extraite.
désormais d’autre choix que la récession ou que l’acceptation de l’augmentation du prix unitaire de l’énergie.
En outre nos balances commerciales s’en trouvent gravement affectées : en France, à raison de 82 Mtep de pétrole consommées, la facture pétrolière a progressé de 32% en 2011 pour atteindre 61 milliards d’euros. Nous, français, consommions en 2010, 266 Mtep d’énergie primaire, soit 4,1 tep/hab.an (ce qui représente une puissance permanente de 5,5 kW par tête soit 8 chevaux costauds à notre service 24h/24), avec une augmentation en volume de 0.7% par an. Nous dépendions du pétrole et du gaz pour 66% de notre approvisionnement en énergie finale. (…) »

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